Pourquoi
écrire ? Point de vue de l’auteur
«
Cet arrachement que je trouve dans l’écriture est constitutif de mon
être propre, indissociable d’un élan irrépressible et facile qui me
pousse à vouloir transgresser ou sublimer le réel, selon que je le
refuse ou l’accepte, selon qu’il me frustre ou que je m’y complaise —
mais cela n’est pas très unique.
L’écriture
intervient donc
comme un moyen. Faudrait-il en faire une fin en soi ? se vouer
totalement au texte ? Je m’interroge sur le sens d’une telle existence.
Je l’ai fait dans un roman qui est encore inédit, texte de la décadence
où le protagoniste, Octave, ne veut plus vivre dans le fantasme de
lui-même, se regarder dans le miroir de la page en omettant d’ouvrir
les yeux sur le monde. Et pourtant, l’écriture est nécessaire à son
équilibre, pareille à une caresse chaude et humide, une fièvre mauve.
C’est
en Martinique que l’histoire se passe, où je suis parti il y a un an et
demi. À travers la fenêtre de mon appartement, la silhouette hirsute de
l’arbre à pain découpe sur l’azur moribond un questionnement nacré de
lumière, où s’ébauche l’impossibilité de se dire dans son exhaustivité
la plus variée. C’est peut-être cela, la douleur de l’écriture et du
voyage qu’elle procure. Je regarde par la fenêtre où commence de couler
l’hémorragie du soir et, parmi les nuages grenat, je me dis que l’on ne
voyage jamais vraiment plus loin que l’endroit d’où l’on vient.
Martinique,
le 14 février 2005 »
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