À la manière d’Antoine Blondin, qui semble devenu son nouveau dieu, Laurent Bayart offre en effet au lecteur une série de petits textes délicieux, entre chroniques-hommages aux champions du passé, coups de cœur aux anonymes du peloton et coups de gueule face aux dérives d’un monde qui massacre le plus beau des sports. Terriblement actuel et joyeusement désuet, son livre est d’un rythme entraînant. On le prend comme on prend une roue. Et, dès lors, on ne le lâche plus. Mais là où le roi Laurent excelle, c’est dans le calembour. Il en saupoudre ses textes à gogo, comme les cyclistes italiens font avec le parmesan sur leur plat de pâtes. Son éditeur lui-même avait du mal à le suivre (il faut changer de braquet, mon cher Denis Betsch), si bien que celui-ci a supprimé un certain nombre de passages croustillants. Du coup, Bayart en a gardé sous la pédale pour une prochaine édition. Mais il n’y a rien à regretter s’agissant de celle-ci, car ces coupures ont finalement abouti à un texte nerveux, vif et accidenté (on dirait les pavés du Paris-Roubaix). On ne s’y ennuie pas une seconde, la course tient toutes ses promesses. Et l’éditeur (à la traîne sur l’humour vélocipédique) s’est rattrapé en réalisant une maquette astucieuse et une couverture superbe, rutilante comme les bécanes en titane qui couinent sur les routes de juillet. Un bel objet, en somme, que cet opus dédié à l’amour de la petite reine. Mais en amour, ne dit-on pas que la beauté est toute intérieure ? Alors ouvrez-le et lisez. Ce qui reste en outre la meilleure façon de faire de l’exercice le cul dans un fauteuil ! OL Un Tour... deux roues de Laurent Bayart, Les Petites Vagues éditions, 2009. (avec un « prologue » de Christian Prudhomme et des « propos avant-coureurs » d’Olivier Larizza) Site web : http://www.laurent-bayart.fr | ![]() |