De quelle manière cette alchimie s’opère chez les écrivains, voilà ce qu’aborde le présent volume, qui rassemble les contributions de vingt-deux chercheurs en littérature venus pour beaucoup de Strasbourg, mais aussi de Mulhouse, de Bordeaux, de Clermont-Ferrand, des Antilles et même des États-Unis. Dirigé par un trio d’universitaires strasbourgeois, dont Luc Fraisse, proustien de renom international et chantre de l’histoire littéraire, ce recueil fait suite à un colloque tenu à l’université Marc-Bloch les 12 et 13 octobre 2007. Il est publié à Paris par les éditions Orizons (animées par Daniel Cohen) conjointement avec l’Institut de recherche en Langues et Littérature Européennes dont la figure de proue, Peter Schnyder, qui est à l’origine de cette collection, signe par ailleurs un excellent article sur Gide. L’intérêt de ce livre, c’est qu’il explore tous les siècles du Moyen Âge au XXe et ne se cantonne pas à la littérature française : il bifurque vers l’Italie et la Grande-Bretagne. Les écrivains canonisés (Montaigne, Corneille, Chateaubriand, Bergson, Giraudoux, Beckett...) voisinent avec d’autres moins connus (Marguerite de Valois, Pierre de l’Estoile, Maurice Scève, Chénier, Maturin...) mais qui reflètent les enjeux de leur époque. Claude Simon y dialogue avec Balzac, Beckett avec Proust et ce dernier avec Genet, « selon l’indispensable mobilité du regard curieux », comme l’écrit Gilbert Schrenck dans l’avant-propos. Et si cet ouvrage illustre à quel point le critique véritable se doit d’être « studieux », de « maîtriser une culture immense », il n’en reste pas moins délectable pour un public de non-spécialistes amoureux des belles-lettres. Exigence, érudition et plaisir sont les fondements des articles réunis ici, qui jettent un éclairage original sur ce mystère de la création littéraire. OL Tradition et Modernité en Littérature, sous la direction de Luc Fraisse, Gilbert Schrenck et Michel Stanesco, éditions Orizons, Paris, 2009, 382 pages, 34 euros. | ![]() |